Lettre ouverte à la Red Mineral Corporation : protestation contre les projets de prospection minière dans le centre-nord de l'Argentine (Cordoba)

Publié le par Collectif D'un plateau à l'autre

Paris, 10 novembre 2010

Madame Michèle LEVY-GIGONDAN, Présidente Directrice Générale de Red Mineral Corporation,

Guy, Pierre GIGONDAN – Président d’honneur de  Red Mineral Corporation,

 

Nous voudrions vous faire part de notre plus profonde préoccupation quant au sujet de l’activité de prospection minière que votre entreprise, Red Mineral Corporation (RMC), mène dans la vallée d’Ongamira, située dans la province de Córdoba, en Argentine, où nous savons que vous avez projeté de prospecter sur 11.000 hectares de superficie. Notre préoccupation se fait écho de celle de nos amis de diverses localités des Sierras de Córdoba, qui, ensemble avec les voisins de Ongamira, ont formé depuis 2003 une assemblée autoconvoquée et qui sont totalement opposés à ce que le projet de votre entreprise voie le jour.

En répondant à l’appel de nos amis, nous avons enquêté sur vos activités et nous nous sommes rendus dans la vallée d’Ongamira et les vallées limitrophes. C’est donc en connaissance de cause que nous nous dirigeons à vous, en tant que citoyens français, afin de mieux connaître vos intentions dans cette région de l’Argentine, tout comme pour vous expliquer les fondements de notre préoccupation.

En Argentine, il n’existe pas de consensus au sujet de l’industrie d’extraction de métaux à ciel ouvert avec utilisation de substances toxiques : l’existence de nombreuses assemblées de voisins autoconvoqués, qui, dans tout le pays,  s’opposent aux projets miniers, en est la preuve. Le travail de ces assemblées a abouti à l’adoption des lois provinciales interdisant ce type d’activités dans 7 provinces argentines, et la Province de Córdoba en fait partie. Au niveau national, la remise en question de l’industrie minière est de plus en plus forte, comme en témoigne non seulement l’approbation de la loi de protection des glaciers, mais aussi l’existence d’une proposition de loi de prohibition de l’industrie d’extraction de métaux à ciel ouvert avec utilisation de substances toxiques dans l’ensemble du pays, appuyée par des milliers de signatures des citoyens argentins.

De ce fait, nous sommes préoccupés de savoir qu’une entreprise française promeut une activité illégale et agit en violant la loi provinciale N° 9526 qui interdit « sur l’ensemble du territoire de la Province de Córdoba, l’activité minière métallifère réalisée à ciel ouvert et dans toutes ces étapes, constituées par prospection, exploration, exploitation, développement, préparation et stockage de substances toxiques ». Cette loi, promulguée en 2008, est en vigueur depuis deux ans. Malgré cela, Red Mineral Corporation n’a pas suspendu ses activités.

Nous voudrions également vous mettre en garde au sujet de l’an de vos associés, M. Rafael Vaggione, dont le travail de conseiller juridique de votre entreprise nous paraît peu professionnel et contraire à l’éthique. En effet, non seulement, apparemment, il ne vous a pas mis en garde contre l’illégalité de la poursuite de vos activités malgré une loi qui interdit l’activité minière dans la province, mais en plus de cela, il est en train de mettre en place une stratégie douteuse en demandant l’inconstitutionnalité de la dite loi, alors que celle-ci avait été votée par l’unanimité des représentants du peuple.

En effet, l’activité minière a déjà provoqué en Argentine des dommages socio-environnementaux irrémédiables: pollution de l’eau, de l’air et des sols, destruction des territoires, violation des droits de l’homme. De nombreux études scientifiques, films documentaires et témoignages des habitants apportent des preuves de ces dommages et nous avons à votre disposition tout le matériel qui pourrait vous intéresser. Nous imaginons qu’il vous serait insupportable de voir vos propres enfants empoisonnés par l’eau polluée au cyanure, à l’arsénique et aux autres métaux lourds, à cause d’une hypothétique exploitation minière à ciel ouvert à Aix en Provence. Nous faisons donc appel à votre sensibilité qui devrait vous faire comprendre la grande préoccupation de nos amis des Sierras de Córdoba.

Dans la vallée d’Ongamira, au-delà de l’irrémédiable pollution que provoquerait une mine à ciel ouvert, l’impact le plus grave sera l’épuisement des ressources hydriques, déjà extrêmement rares. Ongamira est une zone semi-aride, où la pluviométrie est de quelques 700 millimètres annuels seulement (600 millimètres en moyenne dans les trois dernières années). Ces données mettent les habitants en alerte et les poussent à être plus que préoccupés par le thème de l’eau, d’autant plus que la population de la région continue à croître. Dans ce contexte, il est logique que les habitants des Sierras de Córdoba considèrent l’extraction de métaux à ciel ouvert comme une activité dangereuse à cause des grandes quantités d’eau que celle-ci utilise et pollue. L’activité minière risque d’affecter les bassins hydriques de la zone et d’aboutir à la destruction des activités traditionnelles: tourisme écologique et culturel, agriculture et élevage familiaux, activités qui correspondent au type de développement choisi par les habitants et sanctionné par une loi. De même, une exploitation minière à cet endroit détruira un patrimoine culturel et archéologique de grande importance pour les habitants originaires de la zone et pour l’ensemble des habitants de la province : en effet, la vallée d’Ongamira a été déclarée par les citoyens de Córdoba comme l’une des « Sept Merveilles Naturelles de Cordoba » (sondage réalisé par le quotidien La Voz del Interior). Pour toutes ces raisons, la majorité des habitants des Sierras de Cordoba sont en total désaccord avec les projets miniers, et en particulier avec le projet mené par votre entreprise.

En tant que citoyens français, nous voudrions vous faire part de notre indignation face à l’idée qu’une entreprise française puisse agir illégalement dans un pays étranger et passer au-dessus des souhaits des habitants de la zone où elle projette mener à bout ses activités. De même, l’idée qu’une entreprise puisse causer dans d’autres pays les dommages qu’elle n’aurait jamais causés chez elle est tout-à-fait contraire à notre conception de justice et d’éthique.

Les habitants des Sierras de Cordoba sont disposés à continuer à résister à votre projet, en redoublant les efforts et en exigeant l’application de la loi que votre entreprise est en train de violer. Le conflit social qui es en train de se développer et qui va à continuer en s’amplifiant risque de mettre de plus en plus en danger la sécurité de votre investissement. Même si ce n’est que par souci de chercher une majeure rentabilité, ne vous parait-il pas plus raisonnable de réorienter vos investissements dans la province de Córdoba dans un secteur plus éthique et correspondant au type de développement choisi par les habitants, qui présenterait aussi des risques bien mineurs pour votre propre entreprise?

Nous vous remercions par avance pour la réponse que vous voudriez bien apporter à ce courrier,

                                                                      Les collectifs Aldeah et D'un plateau à l'autre 

 

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